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Au cours de l’été 2010, le Herd Book Charolais a accueilli Guillaume Laurent pour la réalisation d’un stage dans le cadre de sa formation en BTSA Productions Animales au lycée EPLEFPA Les Vaseix (87). En effet, l’année précédente, une étude interne qui n’avait pas ou peu été diffusée avait déjà porté sur l’analyse des pères notifiés des veaux charolais nés sur l’ensemble du territoire national. Il était nécessaire d’aller plus loin pour mieux établir l’état des lieux de l’utilisation des reproducteurs mâles, d’une part, et leur circulation, d’autre part. C’est pourquoi cette nouvelle étude a été réalisée.

Présentation des données utilisées :
L’étude a porté sur l’ensemble des veaux nés en France de père OU de mère de type racial charolais, animaux connus dans le SNIG (Système National d’Information Génétique) avec un père notifié. La base de données initiale porte sur 1 957 242 naissances sur la saison 2009 / 2010. Le nombre de pères charolais est de 93 710. Cependant, nous pouvons estimer que la base de données traitée contient environ 85% du total des animaux. En effet : le SNIG censé être alimenté de l’ensemble des bovins nés en France ne l’est pas totalement ; dans le SNIG, tous les animaux n’ont pas encore un père notifié. Les données sont analysées ensuite en fonction de la race des mères, car les stratégies d’approvisionnement en reproducteurs sont très différentes entre les éleveurs charolais et les éleveurs qui utilisent le Charolais en croise- ment. D’ailleurs dans ce deuxième cas, il est également essentiel de séparer les races support laitières des races allaitantes, car là encore, il n’y a pas de point commun.

Analyse des données charolaises :
Le nombre de veaux nés de mères charolaises connus au SNIG est de 1,6 millions. Ces animaux proviennent de 37 000 élevages différents, et sont issus de 81 600 taureaux charolais différents. En ce qui concerne la répartition de ces taureaux, eu égard à la certification de race pure :

  • 37% d’entre eux sont inscrits au livre généalogique ;
  • 11% d’entre eux sont inscriptibles* ;
  • 52% d’entre eux sont non inscrits.

*A noter pour les animaux inscriptibles, il peut s’agir :

  • soit d’erreur du numéro de père notifié, puisque ce numéro ne fait l’objet d’aucune vérification au niveau des EDE, il s’agit d’une information déclarative de l’éleveur ;
  • soit d’animaux désormais inscriptibles mais commercialisés avant que la vache soit inscrite au livre généalogique ;
  • soit d’animaux qui ont été commercialisés sans certificat d’inscription (directement par le fait de l’éleveur ou indirectement (marchands, groupements)). Ces cas ne sont pas collectivement acceptables puisque le principe fondamental de l’association Herd Book Charolais, est que tout reproducteur mâle ou femelle doit être commercialisé avec un certificat d’origine. C’est le seul document officiel certifiant la pureté de race des animaux.

Si l’on s’intéresse cette fois-ci aux effectifs de veaux nés plutôt qu’au nombre de pères, on constate que 73% des veaux charolais nés en France sont issus de pères inscrits ou inscriptibles. Ce résultat est particulièrement satisfaisant eu égard à la « faible dimension » de la base de sélection. Cette base remplit donc convenablement sa mission d’approvisionner en génétique l’ensemble des élevages. Les adhérents du HBC sont bien les fournisseurs de génétique, cela dit, il reste encore des marges de progrès.

Un coup d’œil sur les qualifications nous indique que 22% des pères sont inscrits au livre A, 27% sont qualifiés RJ ou RJC : les animaux avec une qualification jeune représentent ainsi une part importante de taureaux en service. Hors, les qualifications sont attribuées bien souvent après la décision du naisseur de proposer l’animal sur le marché du reproducteur. Ainsi, il y a généralement adéquation entre mise sur le marché du reproducteur et fort potentiel génétique de l’animal.

Analyse de flux des reproducteurs

Un approvisionnement d’abord local...
Toujours en ne considérant que les veaux de parents charolais, il a paru intéressant d’analyser les zones d’approvisionnement en reproducteurs. Sans surprise, l’achat du reproducteur est d’abord un acte local. Dans les 10 principaux départements charolais, l’approvisionnement départemental en taureaux varie de 57 % à 85 %.

Sinon tournée vers le berceau
Lorsque le taureau ne provient pas de la zone de production, il provient bien souvent des départements du berceau historique de la race (Saône et Loire, Nièvre, Allier) ainsi que de la Vendée pour les élevages de l’Ouest. La Saône- et-Loire, premier département charolais, est aussi le premier département fournisseur de génétique. En France, près de 21% des veaux charolais ont un père venant de Saône et Loire. Dans ce « classement », la Nièvre arrive en deuxième position avec 13% de veaux issus de père nivernais, puis suit l’Allier avec 12,4%. Ainsi près d’un veau charolais sur deux naît d’un père provenant de ces trois départements majeurs. L’Allier pourtant deuxième département en terme de nombre de vaches inscrites pourrait être légèrement plus contributeur sur le marché du reproducteur.

Des écarts importants sur la proportion de veaux nés issus de pères inscrits par département :
Selon le département ou la région, de fortes divergences ont pu être mises en évidence concernant le taux de veaux issus de pères inscrits. Ce taux varie en général de 50 à 80%. Il vous est présenté ci-contre pour les principaux départements charolais.

L’Allier, une référence à atteindre !
Lorsque l’on étudie département par département le taux de veaux issus de pères inscrits, une exception se détache nettement : il s’agit de l’Allier qui se distingue avec 83% de veaux issus de pères inscrits ! Ce résultat est la preuve de l’impact d’une politique départementale ambitieuse. Sur ce critère de part de veaux issus d’un père inscrit, la Vendée se classe en deuxième position devant l’Yonne, le Puy-de-Dôme et la Creuse. Les « gros » départements bourguignons sont un peu à la traîne. A l’inverse de l’Allier, la Loire se distingue par le faible taux de veaux issus de pères inscrits puisqu’il n’est que de 56%. Ces analyses seront présentées plus en détail lors des prochaines assemblées générales de sections du HBC.

Analyse de la contribution des outils collectifs :
Outre le flux de reproducteurs entre régions, la base de données permettait également d’appréhender la contribution des divers outils au marché du reproducteur. Seuls les outils insémination et concours reconnus ont pu être analysés de manière fiable ; les outils stations d’évaluation n’ont pas été traités puisque la base de données ne contient pas l’information sur le passage en station d’un animal. Sur le graphique ci-dessous, on peut constater que les animaux primés en concours sont pères de 9% des veaux charolais. Etant donné que 2/3 des animaux présentés sur un concours sont primés ; on peut estimer au total que 13,5% des veaux charolais ont un père qui a participé à un concours officiel. Les taureaux diffusés par insémination représentent quant à eux 11% des veaux nés.

Ainsi, ces outils accessibles à tout producteur de viande sont à l’origine de près d’1 veau sur 4. Il aurait été intéressant de différencier pour cette analyse les résultats entre la base de sélection et les autres éleveurs, puisque la base de sélection utilise plus fortement l’insémination et les taureaux primés. L’impact de ces outils sur les éleveurs producteurs reste donc à préciser.

Analyse des données de croisement :
Pour la première fois, le traitement de telles informations s’est porté sur les animaux nés de pères charolais mais de mères d’autres races. Premier constat important : sur la base de données, l’effectif de veaux nés de père charolais mais de mère d’une autre race représente 22% du total ! Aussi, devant cette importance numérique, il convenait de regarder de près ces résultats. Le premier comptage a concerné le nombre de veaux suivant le type racial de la mère.

En France, la race charolaise est donc utilisée en croisement à la fois sur des races laitières et sur races rustiques, à parts quasiment égales. Toutefois, le mode de reproduction entre ces races est particulièrement différent, et l’importance du reproducteur de race pure certifiée l’est par conséquent. Départ. Plus de 350 000 veaux sont nés en 2009 / 2010 de croisement avec un père charolais, dans près de 40 000 élevages ! Evidemment, bon nombre de ces éleveurs n’ont que quelques produits croisés, toutefois, 11 300 éleveurs ont au moins 10 produits croisés de père charolais. Ainsi plus de 75% des veaux croisés sont nés dans ces 11 300 élevages et proviennent de plus de 17 000 pères différents.

Au total, les animaux croisés sont issus de 33 000 pères charolais différents.
Afin de mieux appréhender le marché potentiel de reproducteurs de croisement, l’analyse des données a été faite en fonction du mode de reproduction et également en fonction de l’inscription au livre généalogique du taureau. (Les taureaux diffusés par insémination sont tous inscrits au livre généalogique). Les résultats présentés dans le graphique ci-dessous illustrent la différence de pratique entre les éleveurs laitiers pour qui le croisement est bien souvent le fait de quelques animaux, et les éleveurs de races rustiques pour qui le croisement est essentiel dans la production de l’exploitation. Ainsi, les éleveurs laitiers utilisent fortement l’insémination, alors que pour des effectifs plus importants et des dates de mise à la reproduction plus tardives, les éleveurs de races rustiques utilisent principalement des taureaux de saillie naturelle.

L’importance du marché du reproducteur en races rustiques
Force est de constater que les parts de marché du reproducteur charolais certifié sur vaches Salers ou Aubrac sont particulièrement faibles. Afin de dépasser ce simple constat, il convient d’analyser les causes :

  • La base de sélection charolaise est certes réduite, mais suffisamment large en terme phénotypique, par conséquent elle est à même de fournir ces reproducteurs de croisement. Ce n’est donc pas une question de qualité mais plutôt une question d’image de la base de sélection vis-à-vis de ce segment de marché du reproducteur qui est à faire évoluer.
  • Les circuits de distribution de ces reproducteurs peuvent être une autre cause, par conséquent à analyser.
  • Enfin, comme cela a été fait cette année sur les broutards charolais, l’impact d’un père charolais de race pure certifiée sur les résultats commerciaux des broutards croisés n’a pas été évalué, aussi il serait intéressant de mener cette étude.

Un marché à mieux préciser sur races laitières :
Avec des motivations et des attentes certainement différentes des éleveurs de vaches de races rustiques, les éleveurs laitiers pratiquent le croisement avec un taureau charolais de manière plus ou moins importante au sein de leur cheptel. Le taux de reproduction par insémination est d’environ 50% ; le marché du reproducteur de saillie naturelle n’est par conséquent pas négligeable. Il convient d’analyser les attentes de ces éleveurs en terme génétique, et voir comment la base de sélection peut y répondre. La pratique toujours plus importante du sexage de la semence peut-elle amener des éleveurs laitiers à pratiquer davantage de croisement ? Dans ce cas, quel mode de reproduction va-t-il être choisi ? Quel type de reproducteur sera recherché ?

En conclusion

Cette étude qui complète une étude peu diffusée faite en 2009 apporte de nombreux éclairages quant au flux des reproducteurs charolais. Des analyses plus spécifiques peuvent encore s’envisager à partir des mêmes données. Néanmoins, une des conclusions est que la base de sélection remplit pour une bonne part sa mission d’approvisionner le marché de la génétique. Les marges de progrès existent, les moyens pour les conquérir également : l’impact du reproducteur certifié sur les résultats commerciaux est un élément technique et économique, la mise en œuvre de l’ « amendement Simon » peut également être une réponse politique à cet objectif.

Régis Grémion et Guillaume Laurent

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